Yo Picasso, génie bleu, génie rose

Le musée d’Orsay nous dévoile à travers ses tableaux de jeunesse, le cheminement du peintre vers le cubisme.

Si je vous dis : citez-moi une œuvre de Pablo Picasso ? Vous me répondrez :
Les Demoiselles d’Avignon, 1907, première peinture cubiste, révolution dans l’histoire de la peinture européenne.
Picasso avait 26 ans…Mais que s’est-il passé pendant les sept années qui ont précédé ? L’exposition du Musée d’Orsay « Picasso. Bleu et Rose », regroupant 300 œuvres (peintures, dessins , gravures, sculptures), nous dévoile le cheminement artistique de l’arrivée du peintre âgé de 19 ans de Barcelone à Paris aux prémices du cubisme.

Son autoportrait « Yo, Picasso » nous montre un tout jeune homme sûr de lui, de son talent, venu à la conquête de Paris, la ville de tous les possibles pour un artiste, la ville des avant-gardes ; les tableaux de sa première exposition à la galerie Vollard, nous montrent avec quelle rapidité Pablo a déjà tout compris, a déjà tout assimilé : les leçons de ses aînés -Van Gogh, Lautrec, Cézanne, Degas- mais aussi l’art des musées, Velasquez, Ingres entre autres qu’il ne cessera de réinventer.
Barcelone, la ville où il passe des séjours en alternance avec Paris, est évoquée dans l’exposition avec le cabaret « Els Quatre Gats » copie du « Chat Noir » de Montmartre.

Puis vient le suicide de son ami Casagemas, les années de misère au Bateau Lavoir, le bleu imprègne toute la production de ces années-là avec des chefs d’œuvre comme « La Vie », tableau énigmatique, réflexion sur l’existence.

L’amour et les femmes, Madeleine d’abord puis Fernande vont accompagner la sortie des ténèbres de Picasso, la couleur - le rose - éclaire ses peintures, ce rose si subtil des peintures sur le thème du cirque et d’Arlequin, double de l’artiste.

Le succès commence grâce notamment aux collectionneurs éclairés que sont les américains Leo et Gertrud Stein. Picasso en compagnie de Fernande séjourne dans le petit village des Pyrénées espagnoles qu’est Gosol, aux terres ocres, desséchées par le soleil ; il y découvre le primitivisme avec les statues néolithiques mises au jour sur ces terres arides ; son dessin devient de plus en plus épuré, sa palette joue sur les roses teintés d’ocres, la sensualité qui se dégage dans le nu de Fernande, dans les femmes surprises à leur toilette, va aboutir à la toile « Deux Nus » (MOMA New-York) œuvre décisive dont le développement aboutira au cubisme, mais cela est une autre histoire…

Par Annick Doutriaux