« Marie-Antoinette ou les métamorphoses de l’image d’une reine »

Peu de figures historiques ont autant fait l’objet d’une telle multitude de représentations que Marie-Antoinette, de son vivant et après sa mort.

L’exposition de la Conciergerie n’a pas vocation à raconter tel ou tel moment de sa vie, mais d’illustrer les passages de l’imagerie historique à l’imagerie populaire de cette figure emblématique de la France du XVIIIe siècle.
Le parcours commence par la tragédie finale : un « couloir de la mort » nous fait revivre les derniers jours de Marie-Antoinette, emprisonnée à la Conciergerie depuis le 2 août 1793, à travers des témoins matériels touchants : des vêtements – sa coiffe, sa tunique, une chaussure, le manuscrit de sa dernière lettre, des archives autour de son procès expéditif et de son exécution le 16 octobre 1793. Elle a trente-sept ans.
Reine peu aimée tant par la Cour que par le peuple, Marie-Antoinette, étrangère, musicienne et mère aimante fascine cependant, tout en suscitant la réprobation sur sa consommation effrénée et sa vie sentimentale.
Après sa mort elle devient l’objet de multiples récits et biographies, traduisant la rivalité entre camp royaliste et camp républicain : martyre de la révolution, digne jusqu’au bout pour les uns, traitresse dépensière et obscène pour les autres.
La dualité post révolutionnaire s’estompe au début du XXe siècle pour laisser la place à des représentations plus variées dans lesquelles sa psychologie intrigue : celle d’un personnage public revendiquant un espace physique (le Petit Trianon, le Hameau) et émotionnel privé. Idéal revendiqué plus tard par Elizabeth/Sissi, Impératrice d’Autriche, et Diana, Princesse de Galles, est-on tenté de penser.
Cette « humanisation » s’accélère depuis vingt ans et transforme peu à peu Marie-Antoinette en icône populaire : son célèbre portrait par Elisabeth Vigée Le Brun est réinterprété par le peintre Botero. Le cinéma s’empare du personnage qui devient l’héroïne d’une cinquantaine de films, dont le célèbre « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola, ici interviewée, d’après d’une biographie d’Antonia Fraser. Enfin, la mode (John Galliano, Christian Louboutin, Vivienne Westwood) a largement investi la figure de Marie-Antoinette, qui entretenait un rapport passionnel avec la beauté et les apparences.
On quitte l’exposition avec une impression de mélange des genres, autour d’une princesse moderne qui touche la sensibilité actuelle. Mais n’en était-ce pas le but ?
"C’est seulement lorsque le jeu devient grave et que la couronne lui est enlevée que Marie-Antoinette acquiert l’âme d’une reine. »
(Stefan Zweig 1932 « Marie-Antoinette » )

Par Valentine Carré

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