« La Force du Destin » de Verdi : Bienvenue en France assiste à la première

« Le sentiment que rien d’essentiel ne peut arriver en dehors de l’inévitable destin »

Ce chef d’œuvre de la maturité de Verdi doit sa célébrité surtout à son ouverture. Malgré le thème principal ancré dans toutes les mémoires, l’œuvre elle-même est moins populaire. Peut-être est-ce dû à l’intrigue un peu touffue, au foisonnement de situations. C’est en effet une grande fresque lyrique, ancrée dans son époque, pleine de coups de théâtre conciliant comédie, romantisme tragique, scènes spectaculaires et passages intimistes, en 4 actes. D’entrée de jeu, nous attendons donc cette fameuse ouverture mais le rideau se lève sur une scène très intimiste : Don Alvaro vient enlever Leonora pour l’épouser contre le gré de son père. Léonora souhaite le revoir une dernière fois, hésitation fatale et premier coup de l’impitoyable destin, son père les surprend et un coup de feu accidentel part et le tue ! Nous sommes dans le drame et déjà pris par l’émotion. S’élève alors la musique envoutante de l’ouverture qui tiendra toute la salle en haleine le long des 4 actes. Si les coups implacables du destin « qui se rit des hommes » sont le fil conducteur de cette œuvre sombre et fataliste, la musique en est le cadre, l’orchestre de l’Opéra enthousiaste reprenant le thème de l’ouverture, nuancé, à chaque tableau. Les notes cristallines d’une harpe d’une finesse irréelle s’égrènent en écho à la voix absolument admirable de la soprano Anja Hartejos (Leonora) capable d’alterner puissants aigus et délicats piani avec des accents poignants dans ses airs les plus fameux comme « Vergine degli angeli », son cri « maledizione » lancé à pleine voix ou le final « pace, pace.. » qui lui vaudront une longue ovation du public. A ses côtés Brian Jagde (Don Alvaro) qui fait ses débuts à l’opéra de Paris, impressionne par le volume de sa voix et la clarté de son timbre, magnifique dans son « O tu che in seno agli angeli ». Cet opéra exige les meilleurs chanteurs et les seconds rôles ne sont pas en reste, que ce soit le Padre Guardiano ou à l’opposé Fra Melitone cancanier et râleur. Mais c’est la mise en scène très sobre qui participe à l’unité de l’atmosphère générale et à ce souffle de romantisme très verdien qui oscille entre mysticisme pur comme dans l’acte I et l’acte III et scènes plus hétéroclites, proches parfois du comique de l’opéra-bouffe. Seuls quelques accessoires ou pièces de mobilier, des ambiances d’ombres ou de lumières éclatantes, plutôt que des lieux, plantent le décor d’une esthétique très pure. Comment ne pas être sous le choc de cet immense Christ en croix suspendu au-dessus de nos têtes en plein ciel ! Clin d’œil à l’engagement politique de Verdi et au « risorgimento » cette vivandière brandissant son drapeau qui se transforme en drapeau italien et son « rataplan » et le graffiti « V.E.R.D.I » (bien que Verdi signifie à l’époque : Viva Victor-Emmanuel Re De Italia !)
Le souffle extraordinaire de cette version de « La Force du Destin » restera dans nos mémoires comme une œuvre poignante et émouvante d’où chacun d’entre nous repart avec « le sentiment que rien d’essentiel ne peut arriver en dehors de l’inévitable destin »

Par Héléna Rollet - Sorties à l’Opéra

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