L’Île des Esclaves de Marivaux

Maîtres et valets échangent leurs conditions, un instructif jeu de rôle !

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L’Île des Esclaves, comédie en un acte de Marivaux, fut jouée pour la première fois par les Comédiens Italiens, le 5 mars 1725.
L’action se déroule sur l’Ile des Esclaves, où d’anciens esclaves se sont réfugiés. Ces derniers y ont établi une règle, tout maître qui arrive sur l’île se voit contraint d’échanger sa condition avec son valet. Ceci doit l’amener à s’interroger sur l’attitude qu’il a eue avec ce dernier et il quittera l’île quand il se sera transformé.
A la suite d’un naufrage, Iphicrate et son valet Arlequin échouent sur l’île. Bientôt rejoints par Euphrosine et Cléanthis, sa soubrette. Ils sont tous soumis à la règle à laquelle, Trivelin, le maître de l’île, veille.
Dans un premier temps, Arlequin se complaît dans ce nouveau rôle et se venge des humiliations subies. A la demande de Trivelin, les valets tracent un portrait peu amène de leurs maîtres. Mais, ému par la détresse d’Euphrosine et mal à l’aise dans ce nouveau costume, Arlequin pardonne à son maître et reprend son ancienne condition. Touchés par la générosité d’Arlequin, Iphicrate et Euphrosine promettent de s’amender. Les masques tombent, le pardon amène la paix et le bonheur.

Trivelin adresse aux maîtres cet avertissement :
« - Vous avez été leurs maîtres et vous avez mal agi ; ils sont devenus les vôtres et ils vous pardonnent ; faites vos réflexions là-dessus. »

Marivaux délaisse ici les jeux de l’amour où il excelle pour aborder la satire sociale. Il dénonce les privilèges de la noblesse, oublieuse de ses devoirs mais il n’épargne pas non plus les valets dont il raille les défauts. Dépouillé de ses vêtements qui marquent l’appartenance à la classe sociale, chacun révèle sa nature profonde. Arlequin possède la véritable noblesse de cœur.
Marivaux dose subtilement son discours moraliste, le ton reste enjoué même dans la critique et la drôlerie perce toujours sous l’ironie. Sans se départir de sa légèreté, il aborde les thèmes qui annoncent le Siècle des Lumières et les grands bouleversements de cette société du XVe siècle.
Il poursuivra cette réflexion sociale novatrice avec deux autres pièces. L’Ile de la Raison, en 1727, et La Colonie, en 1729.

Un modèle de l’art du simulacre.

Nous remercions notre professeur. Marie-Joséphine Strich, qui nous fait découvrir avec talent ce Marivaux engagé, plus méconnu.

Par Sabine Bouillon - Littérature classique