Don Quichotte et Noureev, à l’Opéra, un enchantement !

Le spectacle de « Don Quichotte » que nous avons vu à l’approche de Noël à l’opéra Bastille avait un merveilleux goût de fêtes : gai, enlevé, plein d’humour et de tableaux somptueux. La chorégraphie de Noureev adaptée du livret de Marius Petitpas a fait de ce grand classique de la littérature un enchantement.

Qui ne connait l’histoire et les mésaventures de « Don Quichotte de la Mancha », le chevalier à la triste figure » surgi de l’imagination de Cervantès au XVIIe siècle ? Cet « antihéros » idéaliste, à la fois ridicule et grandiose, perdu dans son monde et égaré dans celui de ses contemporains ? Son départ picaresque, harnaché d’un plat à barbe pour couvre-chef, sur sa vieille mule « Rossinante », à la recherche de l’amour idéal avec « Dulcinée », la dame de ses pensées, accompagné de Sancho Pança sur son âne, son paysan d’écuyer (devenu un moine dodu avec Noureev) ? Sa bataille contre les moulins à vent ?

Mérimée, Bizet, Manet, créateurs, romanciers, peintres ou chorégraphes ont puisé à leur guise des sources d’inspiration dans ce personnage devenu mythique que l’hispanomanie et l’imaginaire du XIXe siècle mettaient à la mode.

L’épisode du roman retenu par Marius Petitpas, modifié par Noureev privilégie le versant le plus heureux de l’histoire avec les amours tumultueuses et les noces de Kitri la fille de l’aubergiste et de Basile le barbier qui donnent lieu à des fêtes endiablées avec tourbillons de gitans et de belles andalouses dans des costumes chatoyants. Quantité de danseurs sont sur la scène même les supposés figurants dansent et tiennent un rôle sur la grande place de Barcelone bruyante et joyeuse, théâtre d’une multiplicité d’actions, retraçant les grands moments de l’histoire et menées avec entrain et humour. Rudolf Noureev amoureux du théâtre a introduit dans sa mise en scène l’esprit de la « commedia dell’arte » et des effets de music-hall qui lui donnent ce caractère enjoué qui nous a tant séduits.

Par Héléna Rollet