"Archives du Nord", Marguerite Yourcenar, histoires de famille

Première femme élue à l’Académie Française en 1980, l’auteur revient sur l’histoire de sa famille belge au début du siècle dans ce titre.

Femme de lettres, mondialement reconnue, Marguerite de Crayencour est née à Bruxelles en 1903 et s’est éteinte à Mount Desert Island en 1987, aux Etats Unis. Yourcenar, anagramme de Crayencour, est le nom qu’elle s’est choisi quand elle a commencé à publier ses poèmes en 1921. Enfant brillante, elle s’imprègne très tôt de culture classique, avec une prédilection pour les auteurs grecs et latins. Son œuvre témoigne de sa très grande érudition. Poèmes, essais, pièces de théâtre, romans dont Les mémoires d’Hadrien, lui valent la célébrité. Elle sera la première femme élue à l’Académie française, le 6 mars 1980.
En 1974, elle se plonge dans l’histoire familiale et rédige une trilogie, Le labyrinthe du monde, constitué de Souvenirs pieux, 1974, Archives du Nord, 1977, Quoi l’éternité, 1988, ouvrage posthume.

A partir d’archives privées, des écrits de son grand-père, les récits de son père, de centaines de lettres, elle reconstitue le destin de cette famille aristocratique et fortunée, les Cleenewerk de Crayancour établie dans les Flandres françaises, à la limite de la frontière belge. Une société et une famille que la guerre de 1914 ébranlera profondément.

Archives du Nord débute à la révolution française et s’achève à la naissance de Marguerite. Deux personnages émergent, le grand-père Michel-Charles et son fils Michel, père de Marguerite. Ces lettrés, passionnés de culture antique, sillonneront l’ Italie et la Grèce. Michel, gâté par son père mais détesté par sa mère, ne cessera de fuir sa famille et cette société de province froide et corsetée. Veuf d’un premier mariage, il se remarie à Fernande de Cartier de Marchienne, mère de Marguerite qui décède 10 jours après sa naissance. L’enfant confiée à sa grand-mère paternelle, suivra néanmoins très souvent ce père fantasque, séducteur et habitué des tables de jeux, dans ses nombreuses pérégrinations. Une éducation insolite qui lui laissera le goût des voyages, la passion partagée des auteurs classiques et la volonté de se libérer des conventions sociales et familiales pour se consacrer à l’écriture, s’engager dans de nombreuses causes et vivre selon ses convictions personnelles. Le talent de l’auteur se révèle pleinement dans le style si pur et si descriptif et le vocabulaire si raffiné de ses ouvrages.

Merci à Marie Joséphine et Yves Michel, nos estimés professeurs, d’avoir retracé brillamment le parcours de cet écrivain d’exception.

Par Sabine Bouillon